← Retour à la liste

31 juillet 2025, CNESER, n°1810

M. X., maître de con­férence en droit a fait l’objet de deux sanc­tions dis­tinctes pour dif­férents agisse­ments fau­tifs devant la sec­tion dis­ci­plinaire d’un autre étab­lisse­ment suite à une demande de dépayse­ment accordée, sanc­tions dont il a relevé appel devant le CNESER.

Nous traiterons unique­ment des faits à car­ac­tère sex­uel reprochés et pour lesquels il avait été sanc­tion­né de la révo­ca­tion le 20 décem­bre 2023 par la sec­tion dis­ci­plinaire de l’université de tech­nolo­gie de Belfort-Mont­béliard.

Plusieurs témoignages d’étudiants ont révélé que, lors d’un cours dis­pen­sé pen­dant l’année uni­ver­si­taire 2019–2020, Mon­sieur X, alors revê­tu de la robe, a fait venir un étu­di­ant sur l’estrade et devant l’ensemble des autres étu­di­ants, lui a demandé de se pencher en imi­tant un touch­er rec­tal et lui a demandé s’il sen­tait son doigt à deux repris­es en sim­u­lant un acte de péné­tra­tion anale.

Lors de son audi­tion devant la com­mis­sion d’instruction, il a exposé que le geste était une mise en scène visant à illus­tr­er une théorie com­plexe, celle du droit de vote et des citoyens act­ifs et pas­sifs de l’abbé Sieyès.

Il résulte égale­ment de l’instruction qu’à la suite du sig­nale­ment par douze étu­di­ants en mas­ter, quelques semaines après la ren­trée uni­ver­si­taire 2021–2022, plusieurs étu­di­ants ont témoigné de pro­pos et com­porte­ments inap­pro­priés de la part de Mon­sieur X, pour cer­tains tenus plusieurs années aupar­a­vant pen­dant leur pre­mière année de licence. Mon­sieur X a recon­nu, tout en cher­chant à les ré-con­tex­tu­alis­er, avoir tenu les pro­pos suiv­ants, pour cer­tains à plusieurs repris­es : « Tu dis de la merde chérie » ; « Ta gueule » ; « Tu vas trop vite. Ta copine me l’a encore dit hier soir » ; « Tu aurais mieux fait de pas arrêter de te taire » ; « Comme tous les mecs putain. Ça com­mence bien, ça finit mal » ; « Je ne veux pas couch­er avec des étu­di­antes de L1 mais plus tard, la porte sera grande ouverte ».

Mon­sieur X a égale­ment pro­posé à des étu­di­ants de mon­tr­er leurs fess­es en classe en échange de places gra­tu­ites pour le gala de fin d’année, un des étu­di­ants s’étant alors exé­cuté ; ou encore répon­du à des étu­di­ants en cours par un doigt d’honneur ou expliqué aux étu­di­ants le « baby-boom » par le fait que leurs grands-par­ents « avaient niqué comme des porcs ».

M. X a égale­ment recon­nu avoir expliqué la méthodolo­gie de la dis­ser­ta­tion de la manière suiv­ante : « l’introduction ce sont les prélim­i­naires et les prélim­i­naires, c’est très impor­tant sinon ça ne glisse pas – ensuite il faut directe­ment entr­er dans le sujet – et ensuite repos après l’effort » ou après avoir lui-même évo­qué la ques­tion « peut-on con­sid­ér­er qu’un doigt c’est un viol ? », avoir répon­du « tout est relatif ».

Il a util­isé, pour expli­quer un principe de cours, une métaphore sur le viol en réu­nion et expliqué aux jeunes femmes que pour le viol, celles-ci devraient « se laiss­er faire ». Il a aus­si demandé à un étu­di­ant « je vous mets dans une cave avec sept gars qui veu­lent faire de vous un bil­bo­quet, vous préférez vot­er au scrutin pro­por­tion­nel ou majori­taire ? ».

Plusieurs témoignages pré­cis et con­cor­dants ont étab­lis aus­si qu’il avait indiqué que les paus­es pour se ren­dre aux toi­lettes étaient inter­dites pen­dant ses cours, tout en réser­vant les cas d’urgence pour les jeunes femmes dont les organes géni­taux étaient rem­plis de liq­uide sémi­nal, ce type d’urgence étant mieux tolérée. 

L’ensemble de ces agisse­ments, con­statés sur plusieurs années, con­stituent de la part de Mon­sieur X des man­que­ments par­ti­c­ulière­ment graves aux exi­gences de dig­nité, d’intégrité et de pro­bité rap­pelés par les dis­po­si­tions de l’article 25 de la loi du 13 juil­let 1983 et con­stituent des fautes dis­ci­plinaires, peu impor­tant à cet égard l’absence d’intention malveil­lante alléguée par Mon­sieur X qui ne saurait se retranch­er der­rière des mal­adress­es, une atti­tude « un peu gauloise » et l’aggravation pro­gres­sive de ses dif­fi­cultés rela­tion­nelles au sein de l’université.

Sur le plan pénal, il a été con­damné défini­tive­ment pour har­cèle­ment sex­uel envi­ron­nemen­tal par la Cour d’appel (cham­bre cor­rec­tion­nelle) de Col­mar, con­damna­tion con­fir­mée par la Cour de cas­sa­tion (Cass. crim., 12 mars 2025, n° 24–81.644).

Pour aller plus loin, lire les para­graphes 31 à 45 de :

https://revue-intersections.parisnanterre.fr/index.php/accueil/article/view/151/190