https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/bo/2025/Hebdo23/MENH2515090S
Une nouveauté, bienvenue, apparaît dans certaines décisions du CNESER et particulièrement celle-ci : l’analyse des stratégies employées par les enseignants agresseurs contre les étudiantes pour leur imposer des violences sexuelles.
Il analyse ainsi que Monsieur X a organisé avec Madame A, de nationalité chinoise et venant d’arriver en France pour ses études en égyptologie, deux voyages privés, respectivement à Périgueux en septembre 2014 et à Paris en décembre 2015. De plus, il lui a dispensé des cours particuliers de septembre 2014 à avril 2015. Il a alors noué avec elle une relation, marquée par les multiples courriels versés au dossier.
Ces échanges montrent qu’il s’est évertué à instaurer une intimité croissante avec Madame A, notamment en l’invitant de manière réitérée à le tutoyer et à l’appeler par son prénom. Leur tonalité traduit par ailleurs son intention de nouer une relation charnelle, ainsi que le corroborent, entre autres indices, des poèmes à connotation érotique dont Madame A a été destinataire.
M.X a soutenu que ces courriels et poèmes s’inscrivaient dans une relation consentie par Madame A, mais le CNESER relève :
« cette relation a continuellement entremêlé des considérations d’ordre privé et académique. Elle s’est développée dans un cadre où Monsieur X ne s’est jamais départi de sa qualité d’enseignant, alors que Madame A, de par sa qualité d’étudiante, était placée sous son magistère professoral [elle a été sa doctorante de 2019 a 2021] et que cette situation était accentuée par l’éloignement de la famille de Madame A résidant en Chine, l’isolement linguistique de cette dernière qui maîtrisait difficilement le français durant sa première année de master, ainsi que par le dépaysement culturel dont Monsieur X a tiré parti pour inciter Madame A à adopter une familiarité hors de propos dans une relation purement académique ».
Sur saisine de la présidence de l’université, la section disciplinaire a prononcé la sanction de l’interdiction d’enseigner et d’effectuer des recherches dans tout établissement public pendant 1 an avec privation de la moitié du traitement, par deux décisions des 29 avril et 13 mai 2022.
Tant le président de l’Université que le mis en cause ont fait appel de la sanction. Le CNESER l’a annulée pour une irrégularité procédurale (absence du nom des personnes composant la formation de jugement).
Le CNESER considère que « le comportement de Monsieur X, compte tenu de la relation d’autorité qui est celle d’un enseignant-chercheur avec ses étudiants a ainsi créé une situation intimidante et offensante pour Madame A ». Ces faits, par leur nature et leur répétition entre septembre 2014 et septembre 2016, sont constitutifs de harcèlement sexuel et présentent un caractère fautif.
En revanche, il maintient la sanction alors qu’il avait la possibilité de l’alourdir grâce à l’appel de la présidence de l’université qui demandait une sanction plus sévère. En comparaison avec d’autres décisions commentées ici pour des agissements similaires, la sanction retenue semble bien faible.


