https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/bo/2025/Hebdo7/MENH2502324S
Lorsqu’une étudiante d’une autre université s’adresse à un professeur pour qu’il devienne son nouveau directeur de thèse, c’est bien en raison de statut de PU, avec la relation asymétrique qui en découle, qu’elle s’adresse à lui. Les violences sexuelles commises dans ce cadre ne relèvent pas de la sphère privée.
Il est reproché à M. X, professeur des universités en études cinématographiques, des agissements à caractère sexuel sur un très grand nombre d’étudiantes :
D’avoir cherché à entretenir des relations intimes avec Mme B, étudiante et stagiaire du festival « Doc en courts » qu’il dirigeait entre 2003 et 2006. Plus précisément, il l’a forcée à le tutoyer, lui a fait des compliments déplacés, l’a amenée chez lui, lui a proposé de partager une chambre d’hôtel pour diminuer les frais liés à un déplacement commun, est venu à son domicile pour tenter de la voir. Elle produit de nombreux échanges de courriels depuis sa messagerie professionnelle qui attestent du comportement équivoque de M. X, ce dernier mélangeant les registres.
Elle a renoncé à intégrer le master que ce dernier dirigeait et a indiqué en septembre 2006 à un enseignant auprès de qui elle effectuait son master recherche, que si elle avait renoncé à poursuivre ses études (master et doctorat) c’était en raison de l’attitude de M. X dont « l’ambiguïté a fini par devenir harcèlement ».
D’avoir initié des rencontres hors de l’université avec Mmes E, F, G et H, étudiantes, au cours de cette même période. Elles font toutes état de ce que lors ces rendez-vous, sous le prétexte d’échanges en lien avec leurs études, M. X, déplaçait la discussion sur la sphère privée, tenant des propos équivoques et cherchant à développer des relations intimes.
Le professeur s’est défendu en arguant qu’il ne s’agissait « que de ressentis », qu’il voulait « partager sa passion du cinéma documentaire et son implication dans le festival » !
D’avoir tenu des propos et eu des attitudes équivoques à l’égard de Mesdames I, J et K, également étudiantes de Monsieur X durant cette période.
D’avoir donné une tournure personnelle et ambivalente aux échanges avec une doctorante, Mme D, qui s’était rendue à Lyon afin de lui présenter ses travaux de thèse et de participer à une représentation du festival « Doc en courts » qu’il dirigeait ; puis de l’avoir raccompagnée à son hôtel afin qu’elle y dépose ses affaires et insisté pour se rendre dans sa chambre où il a initié un contact charnel appuyé que Mme D a décliné.
Cette dernière, fragilisée par la perte de son directeur de thèse, a, à la suite de cet épisode, enduré un état dépressif. L’ensemble de son récit est corroboré par un faisceau d’indices conséquents.
Il a soutenu que son comportement avec Mme D relevait de la sphère privée, car elle n’était pas son étudiante sauf qu’elle produit un courriel du 19 octobre 2016 dans lequel elle demande à M. X s’il accepterait de devenir son directeur de thèse : « C’est dès lors en raison de son statut de professeur d’université, avec la relation asymétrique qui en découle, qu’elle s’est adressée à lui. Dès lors, le comportement de Monsieur X ne relève pas de la seule sphère privée et doit être qualifié d’inapproprié ».
D’avoir eu un comportement inapproprié avec Mme M, ancienne étudiante puis vacataire à l’université Lumière Lyon 2 entre 2013 et 2015, en l’encourageant dans son projet de reprise d’études tout en insinuant que les doctorantes pouvaient avoir des relations sexuelles avec leur directeur de thèse, puis lui retirant finalement son soutien.
« La circonstance que les faits commis l’ont été pour tout ou partie en dehors du service est inopérante dès lors qu’ils ont pour effet de perturber son bon fonctionnement. Ce comportement constitue une faute de nature à justifier une sanction ». Le CNESER confirme la sanction infligée par la section disciplinaire du conseil académique de l’université Lumière Lyon 2 dan sa décision du 15 mars 2022, soit l’interdiction d’exercer toutes fonctions d’enseignement et de recherche d’une durée d’un an, assortie d’une privation de la totalité de son traitement.


